
L’illusion du volume : Pourquoi envoyer 100 CV ne sert à rien
Arrêtez de postuler à l’aveugle.
Il existe une croyance tenace chez les chercheurs d’emploi, particulièrement chez les cadres inquiets de leur avenir : celle qui associe la quantité de travail à la réussite. « Si j’envoie 10 CV par jour, statistiquement, je finirai par décrocher quelque chose. »
C’est mathématiquement faux et psychologiquement épuisant.
Laissez-moi vous raconter l’histoire de Thomas, 43 ans. Entrepreneur brillant, il s’est retrouvé sur le marché du travail avec une énergie débordante mais une méthode catastrophique. Chaque semaine, Thomas s’imposait une discipline militaire : envoyer 30 candidatures. Il passait ses journées sur les jobboards, rafraîchissant les pages, envoyant des lettres de motivation génériques (que personne ne lisait) et des CV standards.
Le résultat ? Le silence radio. Un vide sidéral. En trois mois, il n’avait obtenu que deux appels de courtoisie qui n’ont mené à rien. Thomas commençait à douter de sa propre valeur. « Suis-je trop vieux ? Trop cher ? Has been ? »
Non. Thomas tirait simplement dans le tas. C’est ce que les Anglo-saxons appellent le « Spray and Pray » (arroser et prier).
Deux semaines après avoir arrêté ce bombardement massif pour appliquer la méthode chirurgicale job do, il décrochait 5 entretiens qualifiés. Un mois plus tard, il avait deux propositions sur la table.
Le secret de Thomas ? Il a compris que le marché de l’emploi est un iceberg. La partie visible (les offres publiées) est saturée. La partie immergée (le marché caché) est immense et peu concurrentiel. Pour l’atteindre, il a activé les 3 leviers de la méthode job do simultanément.
Voici le guide complet de la règle des 50-10-4.
Levier 1 : Chasser 50 entreprises (La conquête du marché caché)

C’est le pilier le plus important de votre stratégie, celui qui doit occuper 40% de votre temps de recherche.
Le marché caché représente 80% des opportunités. Ce sont les postes qui vont s’ouvrir dans un mois, ceux qui sont en train d’être créés, ou ceux pour lesquels un manager se dit « J’aurais besoin de quelqu’un » sans avoir encore le budget ou le temps de rédiger une fiche de poste.
Si vous attendez que l’offre paraisse sur LinkedIn, vous êtes déjà en retard. Vous êtes en concurrence avec 200 autres profils. En chassant, vous arrivez avant la bataille.
Étape 1 : Construire votre « Hit List »
Vous ne cherchez pas un job, vous cherchez une entreprise où votre Unique Insight (votre valeur ajoutée singulière) pourra s’exprimer.
Créez un fichier Excel ou utilisez votre espace candidat sur la plateforme job do. Listez 50 entreprises cibles. Pas 10, pas 200. Cinquante est le chiffre magique qui permet d’avoir assez de volume pour générer des opportunités, tout en maintenant une qualité d’approche personnalisée.
Segmentez cette liste en trois tiers :
- Le Tier « Dream » (10 entreprises) : Celles qui vous font rêver, les leaders du marché, les marques prestigieuses.
- Le Tier « Target » (20 entreprises) : Celles qui correspondent parfaitement à votre profil, votre secteur, votre géographie. C’est votre cœur de cible.
- Le Tier « Opportunité » (20 entreprises) : Des structures peut-être moins connues, des PME en croissance, des concurrents indirects où vous pourriez apporter une valeur immédiate.
Étape 2 : L’identification des décideurs (Le Mapping)
Pour chaque entreprise, il est interdit d’envoyer un mail à contact@entreprise.com ou recrutement@entreprise.com. C’est le meilleur moyen de finir dans les spams.
Vous devez identifier deux personnes clés :
- Le N+1 (Votre futur boss) : C’est lui qui a la douleur. C’est lui qui a besoin de votre solution. Si vous êtes Directeur Marketing, cherchez le CEO ou le Directeur Général. Si vous êtes Chef de Projet, cherchez le Directeur des Opérations.
- Le RH / Talent Acquisition : C’est la porte d’entrée formelle, utile pour doubler votre approche si le N+1 ne répond pas.
Utilisez LinkedIn pour trouver leurs noms ou profitez de la plateforme job do aux 100 000 contacts d’entreprises.
Étape 3 : L’approche chirurgicale (Le Copywriting)
L’erreur fatale est le copier-coller. « Madame, Monsieur, je vous adresse ma candidature pour… » STOP.
Votre message doit être un « email de vente », pas une lettre de motivation administrative. Vous devez montrer que vous les connaissez et que vous avez compris leurs enjeux.
La structure d’un mail de chasse performant :
- L’accroche (The Hook) : Une référence précise à leur actualité récente.
- La passerelle (The Bridge) : Le lien entre leur actualité et votre expertise.
- La proposition de valeur (The Pitch) : Ce que vous avez accompli ailleurs et que vous pouvez reproduire chez eux.
- L’appel à l’action (The Ask) : Une demande de 15 minutes, pas une demande d’emploi.
Exemple concret de message d’approche :
Objet : Votre article sur la transformation digitale / Echange court ?
« Bonjour [Prénom],
Je viens de lire votre interview dans [Magazine/Média] concernant votre virage vers le SaaS. Votre analyse sur la difficulté de fidéliser les premiers utilisateurs résonne particulièrement avec mon expérience.
Chez [Ancienne entreprise], j’ai été confronté exactement au même défi lors du lancement de notre plateforme. En mettant en place une stratégie de « Customer Success » proactive, nous avons réduit le churn de 15% en 6 mois.
Votre vision m’intéresse. Accepteriez-vous un échange de 15 minutes (café ou visio) pour que je vous partage comment nous avons résolu ce point précis ?
Bien à vous,
[Votre Prénom] »
Vous ne demandez pas un job. Vous proposez de la valeur. C’est irrésistible.
Levier 2 : Postuler à 10 offres (La discipline sélective)
Le marché visible (les annonces) n’est pas mort, mais il est bruyant. Pour ne pas vous y noyer, vous devez inverser la logique : postulez moins, mais postulez mieux.
La méthode Job Do recommande de cibler 10 offres pertinentes maximum par semaine. Cela représente environ 30% de votre effort.
La tyrannie des ATS (Applicant Tracking Systems)
Pourquoi limiter le nombre ? Parce que pour chaque offre, vous devez optimiser votre candidature pour passer les robots filtreurs (ATS). Envoyer le même CV à 50 offres est inutile car les mots-clés attendus changent à chaque fois.
Si vous postulez à 10 offres, vous avez le temps de :
- Analyser l’annonce : Surlignez les 5 compétences techniques et les 3 soft skills répétés dans le texte.
- Adapter votre CV : Réinjectez ces mots-clés exacts dans votre profil (Titre, Résumé, Compétences).
- Personnaliser votre message : Adressez-vous si possible à la personne qui a posté l’annonce.
La check-list des plateformes indispensables
Ne vous dispersez pas sur les centaines de jobboards qui existent. Concentrez vos alertes sur les plateformes qui génèrent du résultat pour les cadres et professions intermédiaires :
- LinkedIn Jobs : Incontournable, surtout pour les offres « Easy Apply » (à utiliser avec prudence, le profil LinkedIn doit être parfait).
- Indeed : Le plus gros volume, utile pour la veille marché.
- France Travail (ex-Pôle Emploi) : Souvent sous-estimé, mais contient des offres exclusives de PME.
- Hellowork : Très performant en régions.
- APEC : La référence pour les cadres.
- Welcome To The Jungle : Indispensable pour l’écosystème Tech et Start-up/Scale-up.
Astuce de Pro : Ne configurez pas vos alertes sur des titres de poste (trop vagues). Configurez-les sur des compétences clés.
- Mauvaise alerte : « Chef de projet » (Vous recevrez tout et n’importe quoi).
- Bonne alerte : « Chef de projet » + « Agile » + « SaaS » + « Anglais ».

Levier 3 : Réseauter (L’accélérateur humain)
C’est souvent le levier le plus négligé par peur de déranger, ou le plus mal utilisé par maladresse. Pourtant, le réseau est ce qui humanise votre démarche et contourne toutes les barrières.
Votre objectif est clair et chiffré : 4 cafés ou visios par semaine.
Attention, « Réseauter » ne veut pas dire « demander du travail à ses amis ». Réseauter, c’est aller chercher de l’information et de la recommandation (Referral).
La cartographie de votre réseau
Votre réseau est plus grand que vous ne le pensez. Il se compose de trois cercles :
- Cercle 1 (Intime) : Amis, famille, ex-collègues très proches. Ils savent que vous cherchez, mais savent-ils précisément ce que vous cherchez ?
- Cercle 2 (Professionnel) : Anciens managers, clients, fournisseurs, anciens camarades de promotion. C’est ici que se trouve l’or.
- Cercle 3 (Inconnus ciblés) : Des pairs qui font le métier que vous visez dans les entreprises que vous ciblez.
Le script d’approche réseau
L’erreur est de dire : « Je cherche un job, voici mon CV, peux-tu le faire tourner ? ». La réponse sera « Oui oui », et il ne se passera rien.
L’approche gagnante est la Demande d’Avis (Information Interview).
Modèle de message réseau :
« Bonjour [Prénom],
J’espère que tu vas bien.
Je suis en pleine réflexion sur la suite de mon parcours et je m’intéresse beaucoup à l’évolution de [Nom de son entreprise/secteur].
Comme tu as une vision terrain que je respecte, j’aimerais beaucoup avoir ton avis sur [Sujet précis] et tes conseils pour bien aborder ce marché.
Aurais-tu 15 minutes pour un café virtuel cette semaine ? Promis, je ne te demanderai pas de job, juste ton éclairage.
À très vite, »
Pourquoi ça marche ? Parce que vous flattez l’ego de votre interlocuteur (vous le positionnez en expert) et vous enlevez la pression (vous ne demandez pas de job).
Une fois en rendez-vous, appliquez la règle des 20 minutes :
- 2 min : Brise-glace.
- 3 min : Votre pitch (très court).
- 10 min : Questions sur LUI, son entreprise, ses défis (Écoute active).
- 5 min : « Qui me conseillerais-tu de rencontrer de ta part pour approfondir ce sujet ? »
C’est cette dernière question qui transforme un café en opportunité. Si vous sortez avec 2 noms, vous avez gagné.
Le Pilotage : Pas de mesure, pas de résultat
Une recherche d’emploi est une campagne de vente. Vous êtes le produit, l’entreprise est le client. Comme tout bon commercial, vous devez avoir un CRM (Tableau de bord).
C’est la seule façon de ne pas devenir fou et de garder le moral. Quand on navigue à vue, le refus est personnel. Quand on pilote des chiffres, le refus n’est qu’une statistique.

Construisez votre tableau de bord job do
Prenez un fichier Excel ou Notion, et créez les colonnes suivantes :
- Entreprise
- Contact (Nom + Poste)
- Date de contact
- Canal (Mail, LinkedIn, Offre)
- Statut (A faire / En cours / Relance J+7 / Entretien / Refus)
- Action suivante
Surveillez vos ratios d’alerte (KPIs)
Si vous appliquez la méthode 50-10-4 pendant 3 semaines, vous devez obtenir des résultats. Sinon, c’est qu’il y a un bug dans votre « Funnel » (entonnoir de conversion).
- Taux de réponse à l’approche directe < 10% ?
- Diagnostic : Votre objet de mail n’est pas bon (pas ouvert) ou votre message est trop centré sur vous (pas lu).
- Action : Récrivez votre message d’approche. Parlez plus d’eux, moins de vous.
- Taux de transformation en entretien < 15% ?
- Diagnostic : Votre CV ou votre profil LinkedIn ne rassurent pas.
- Action : Revoyez votre « Score 100 » (voir Article 1). Les mots-clés sont-ils là ? Les résultats chiffrés sont-ils probants ?
- Pas d’entretien après 2 visios réseau ?
- Diagnostic : Votre posture pendant l’échange n’est pas bonne. Vous faites peut-être « le demandeur désespéré » au lieu du « professionnel en veille ».
- Action : Travaillez votre pitch oral et votre écoute active.
Conclusion : La régularité bat l’intensité
La méthode 50-10-4 n’est pas un sprint, c’est un marathon rythmé.
Ne faites pas 50 chasses le lundi pour ne rien faire le reste de la semaine. La clé est la régularité.
- Chaque jour : 2 nouvelles chasses.
- Chaque jour : 1 réponse à offre ciblée (si disponible).
- Chaque jour : 1 sollicitation réseau.
À la fin de la semaine, vous aurez planté des graines partout. Certaines germeront vite, d’autres prendront du temps. Mais mathématiquement, en activant le marché caché avec cette précision, le silence radio ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.
Thomas a fini par choisir entre deux offres. L’une venait d’une chasse directe, l’autre d’une recommandation réseau. Aucune ne venait d’une candidature classique.
Prochaine étape : La Conversion
Vous avez appliqué la méthode, et votre téléphone sonne enfin. Vous avez décroché des entretiens. Bravo, le plus dur est fait… ou presque.
Maintenant, il faut transformer l’essai et éviter les pièges classiques de l’entretien. Dans le prochain article, nous verrons comment préparer l’entretien pour convaincre à coup sûr et, surtout, comment négocier votre salaire sans trembler.